SPACE 2020 le Salon international de l'élevage
Dans le hall 10

Robot et système bio : c'est possible

Estelle Cloet, Chambre d'Agriculture de Bretagne


Le SPACE a fait appel à la ferme expérimentale de Trévarez (29) pour témoigner sur la cohabitation d’un système bio et d’un robot de traite. Car la station expérimentale a installé un robot mobile pour développer ensuite une production de lait bio. L’outil est déplacé en été pour continuer sa mission même dans un système 100 % pâturage.


Estelle Cloet nous explique comment et pourquoi la combinaison fonctionne.

Estelle Cloet

 

 

 

Estelle Cloet, chargée d’études dans l’équipe herbivore ouest à la Chambre d’Agriculture Bretagne


Pourquoi avoir retenu la traite robotisée en système bio ?

Nous voulions montrer que l’utilisation d’un robot et la maximisation du pâturage ne sont pas deux problématiques qui s’opposent même en système bio. Car l’arrivée d’un robot amène souvent la réduction ou la suppression du pâturage. Or, il s’agit d’un facteur clé de réussite en système bio.

En parallèle, nous constatons un agrandissement des exploitations associé à un morcellement du parcellaire. Il y a donc une difficulté supplémentaire pour le pâturage. Nous étudions donc depuis 6 ans cette possibilité de combiner robot mobile, pâturage et lait bio pour répondre à cette problématique.

 

Quand les vaches disposent-elles d’un accès au pâturage ?

Dès que les conditions le permettent, en sortie d’hiver et jusqu’à la montée du robot puis après son retour à l’automne, les vaches ont accès au pâturage le jour et passent la nuit au bâtiment. Elles sortent à partir de 7 h en passant par le robot pour accéder à une parcelle d’herbe fraîche. Le soir, elles passent par la zone du robot, pour aller manger les fourrages distribués à l’auge. Le matin, elles auront consommé toute la ration et retourneront dehors dans une nouvelle parcelle de pâturage.

Puis, pendant la période estivale, soit 6 mois de l’année en moyenne, les animaux sont en 100 % pâturage avec un système tournant de fil avant. Différentes circulations avec 2 ou 3 parcelles par jour avec des horaires différents ont été testées au fil des années. Aujourd’hui, les vaches pâturent dans 2 parcelles différentes sur 24h : dans l’aire d’attente du robot, une porte de tri permet d’accéder à une nouvelle parcelle dès 5 h le matin et 17 h le soir.

 

Quelles sont les spécificités liées à l’utilisation d’un robot en système bio et donc en pâturage ?

Il est indispensable d’avoir un parcellaire facilement accessible aux vaches dès la sortie du robot. Il faut donc avoir bien réfléchi à l’organisation du pâturage et à l’organisation de la journée des vaches. À la ferme expérimentale de Trévarez, le parcellaire est morcelé en 3 blocs. Le site estival où nous déplaçons le robot dispose de 22 ha soit 40 ares/VL. Les vaches pâturent jusqu’à 900 m du robot, mais le plus important reste d’avoir des chemins bien aménagés afin d’assurer le déplacement des animaux de façon sécurisé et autonome.

L’autre point essentiel est la motivation des vaches : il faut trouver comment leur donner envie d’aller au robot et d’aller au pâturage. Ici, nous nous servons de l’attrait du retour à l’auge ou l’accès à une nouvelle parcelle avec de l’herbe fraîche. Une porte de tri et les portillons anti-retours sont des outils indispensables pour aider à cette gestion de flux des animaux.

Quels sont les atouts du système robot-pâturage ?

En 100 % pâturage, l’astreinte liée à l’entretien du bâtiment et l’alimentation des animaux diminue de 2h par jour par rapport à notre système hivernal où les vaches sont en 100 % bâtiment. L’éleveur dispose ainsi de davantage de temps pour s’occuper du troupeau.

L’autre avantage réside dans la rentabilité du système de pâturage dont le coût alimentaire est très faible : 15 € / 1 000 l alors qu’il s’élève à 80 €/ 1 000 l en bâtiment qui conduit ainsi à une très bonne marge sur coût alimentaire. L’origine de cette économie se trouve dans la valorisation des 3 tonnes de matières sèche d’herbe pâturée par vache laitière par an. Rentable car cout alimentaire très faible pendant la période estivale et une très bonne marge sur coût alimentaire. C’est intéressant car le robot représente en revanche un coût de fonctionnement supérieur à une salle de traite qui peut donc être plus facilement amorti grâce aux coûts alimentaires plus faibles.

 

Quelles difficultés peut rencontrer un éleveur qui se lance dans ce type de projet ?

Le pâturage rend la circulation au robot moins fluide qu’en bâtiment. Il faut donc bien réfléchir à la saturation de son outil : entre 55 et 60 vaches semble être le maximum pour éviter les bouchons. D’autant plus que le rythme de vie des animaux est différent entre l’été et l’hiver. En période estivale, les vaches ont tendance à se rendre simultanément au robot et créer un bouchon. Le rythme de l’éleveur aussi est différent par rapport à une salle de traite puisqu’il l’organise comme il le souhaite, mais il doit accepter l’astreinte du robot à n’importe quel moment.


Robot et système bio

Une des clés de la combinaison robot – pâturage bio réside dans la motivation des vaches à aller se faire traire pour aller au pâturage.


Un conseil pour ces éleveurs bios ?

Dans notre système 100 % pâturage, les vaches produisent 18 à 20 litres de lait avec une fréquence de traite autour de 1,7 et 1,8. Mais il ne faut pas se focaliser sur la régularité de fréquentation du robot : il faut faire confiance à l’herbe, c’est la clé de voute de votre production. Il est également essentiel de bien réfléchir à l’organisation de son pâturage. Celle-ci va impacter la motivation des vaches d’aller au robot et à l’herbe. Car contrairement à la salle de traite où l’éleveur décide quand il veut traire les vaches, ici ce sont bien elles qui décident quand elles vont au robot.

La ferme expérimentale de Trévarez

La Ferme expérimentale de Trévarez (29) a installé un robot de traite mobile en 2012 avec l’objectif de passer en production bio en 2015. Le projet est piloté par la Chambre d’Agriculture de Bretagne en partenariat avec l’Institut de l’Élevage. Aujourd’hui, 60 vaches laitières de race Prim’Holtein, en croisement avec des Normandes et des Jersiaises, produisent en moyenne 5 200 kg de lait par vache.

Pour aller plus loin

Vidéo sur le robot mobile :
https://youtu.be/JJodgDWGBvU

 

Liste des exposants bio :
http://www.space.fr/visiter/les-exposants.aspx


Liste des conférences bio : 

http://www.space.fr/programme/conferences-space.aspx